En pleine période de crise économique, sociale et politique, le président de la République décide, après avoir reporté les élections régionales et torpillé la convocation d’un référendum révocatoire[1], d’inventer une prétendue Assemblée nationale constituante, manifestement frauduleuse, mensongère et illégitime. Étant donné les circonstances, après plus de 100 jours de protestations ininterrompues dans les rues vénézuéliennes, la société civile continue à souligner sans cesse le caractère déplacé et irresponsable de cette assemblée, émanant d’un gouvernement unilatéral agissant de façon insensée, sans consensus, et surtout incapable d’inspirer la confiance des Vénézuéliens. À cela vient s’ajouter la répression brutale, indolente et systématique exercée par la Garde nationale bolivarienne, entre autres groupes de répression, dont la nature destructrice est indéniable. Nous sommes en train d’assister à un carnage d’une ampleur vertigineuse, exécuté depuis le plus haut niveau de l’État, avec une précision aussi incroyable que glaciale. Dans la plupart des cas, les victimes elles-mêmes ont décrit ces abus sur les réseaux sociaux.

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un gouvernement dictatorial, il manipule la constitution et utilise les pouvoirs publics à sa convenance. Il a en effet créé une « commission », composée uniquement de ses partisans les plus radicaux, en vue de promouvoir un simulacre d’assemblée constituante, et sur le plan juridique, il a été clairement établi que cette initiative qui lui aurait prétendument été imposée est inconstitutionnelle[2]. Symptômes non négligeables de ce processus chaotique, les limites et les critiques ayant surgi du propre camp du chavisme, comme autant de signes clairs de fracture, et peut-être une crise de conscience des groupes qui se reconnaissent comme les héritiers de la constitution de 1999, avec qui il est nécessaire de s’unir. Ne nous laissons pas diviser par les rivalités de parti ni par des différences insignifiantes, mais défendons coûte que coûte les valeurs démocratiques qui permettent que dans un même pays puissent coexister toutes les opinions, même les plus antagonistes. La liste de ces ruptures au sein même du chavisme est longue, mais la plus emblématique est incarnée par l’actuelle procureure générale de la République après ses récents propos. En effet, y compris au sein du Conseil national électoral, l’institution chargée du déroulement des processus électoraux, les opinions étaient pour le moins divisées, à en juger par les interventions du recteur Rondón.

L’unique objectif du président et des siens et de rester au pouvoir, de gagner du temps et d’éviter toute élection légale, afin de récupérer par la force les sièges qu’ils n’ont pas pu obtenir à l’Assemblée et qui leur permettraient de s’installer définitivement au pouvoir. Ils façonnent la République selon leurs propres intérêts afin de mettre en place leur projet de soumission : la meilleure constitution au monde, qui devait durer cent ans, selon les annonces pompeuses de ces dernières terribles années, ne sert plus à rien. Ces pratiques sont révélatrices d’un certain type de gouvernement, qui s’est autoproclamé à tort comme « progressiste », qui ne se maintient au pouvoir que par la force brute et dont le but est de ramener le pays au temps des pires régimes militaires qu’il a connus.

Pour toutes les raisons énoncées ci-dessous, il faut créer des espaces de rencontre démocratiques, faire appliquer les articles 333 et 350 de la Constitution en vigueur et exiger des dirigeants de l’opposition, y compris celle qui est train de se former, qu’ils donnent le signal pour une transition pacifique et démocratique, des élections générales urgentes, la rénovation des pouvoirs publics, la libération des prisonniers politiques, le désarmement des groupes violents et la construction d’un projet national pluriel, grâce aux moyens fournis par la constitution actuelle. Cette opposition doit également promouvoir des mesures économiques urgentes qui n’affectent pas le peuple ainsi que la fin de la répression. Les pouvoirs publics doivent dénoncer les responsables des crimes, garantir au peuple le droit de protester en paix, la libre circulation et le droit à une éducation de qualité.

Enfin, ce doit être l’occasion de souligner que la culture devra un jouer un rôle fondamental pour le Venezuela de demain. Il ne s’agit pas d’une nouvelle répartition des postes et des pouvoirs circonstanciels et ministériels, mais de réflexions et de propositions pour tenter de comprendre la nature de la situation actuelle et de décider de notre destin en tant que nation. L’éducation, depuis la petite école jusqu’à l’Université, doit contribuer dans une large mesure à la formation de citoyens capables de reconnaître et combattre tout abus de pouvoir, conscients de l’importance de défendre les valeurs démocratiques ainsi que de prendre en compte le contexte historique, du continent et mondial dans lequel ils vivent en tant que citoyens, et jouissant de la liberté de décider de leur propre destin et de ne pas laisser aux nouvelles générations un pays à feux et à sang, comme le laisse présager les agissements du gouvernement actuel.

Le pays à venir doit réfléchir, entre autres sujets urgents, à l’importance de la culture dans le processus éducatif des Vénézuéliens. La parole doit être action et réflexion, elle doit être un moyen de libérer ce qui se trouve enfoui au plus profond de chacun d’entre nous, la douleur comme la pensée, le rationnel comme l’irrationnel. Nous maintenons que la parole n’est pas vaine, qu’elle est la voie royale et commune pour la justice, la compréhension, la solidarité et la responsabilité.

Il n’y a pas une minute à perdre : la rue est le seul moyen de retrouver notre citoyenneté. Notre seul but doit être le retour de la démocratie et la liberté des Vénézuéliens. Pour que les portes de la transition s’ouvrent définitivement.

Traduit par Laura Mac Coll


[1] L’année dernière, un groupe de nombreux écrivains, intellectuels et artistes ont déjà publié un texte à ce sujet. Ce texte se trouve sur la page suivante, suivi de sa traduction en anglais : http://www.elestilete.com/escritura/comunicado.

[2] À cet égard, Ramón Escovar León, entre autres spécialistes en la matière, a publié des thèses consultables à l’adresse www.prodavinci.com.


Signatures:
Alfredo Chacón
Ana Teresa Torres
Elías Pino Iturrieta
José Balza
Elisa Lerner
Victoria de Stefano
Rafael Cadenas
Igor Barreto
Yolanda Pantin
Vasco Szinetar
Joaquín Marta Sosa
Rafael Arráiz Lucca
Miguel Ángel Campos
Alejandro Oliveros
Milagros Socorro
Nelson Rivera
Fernando Rodríguez
Armando Rojas Guardia
Antonio López Ortega
Rafael Castillo Zapata
Santos López
Luis Miguel Isava
Nelson Garrido
María Teresa Boulton
Gabriela Kizer
María del Pilar Puig
Sandra Caula
Edda Armas
Carmen Verde
Luz Marina Rivas
Diómedes Cordero
Harry Almela
Alberto Márquez
Miguel Gomes
Maribel Espinoza
Violeta Rojo
Jacqueline Goldberg
Carmen Alicia Di Pascuale
Álvaro Sotillo
Luis Gerardo Mármol Bosch
Alfredo Herrera
Alberto Hernández
Gisela Kozak
Miguel Von Dangel
Alexis Romero
Diana López
Angelina Jaffe
Nela Ochoa
Xiomara Jiménez
Teresa Casique
Silda Cordoliani
Sonia González
Faitha Nahmens Larrazábal
Jaime Bello-León
Katyna Henríquez
María Elena Maggi
Francisco Javier Pérez
Juan Carlos Méndez Guédez
Carlos Germán Rojas
Juan Cristóbal Castro
Carlos Sandoval
Isabel Cisneros
Juan Carlos Chirinos
Natalia Mingotti
Gabriela Fontanillas
Hernán Zamora
Julieta Salas Carbonell
Ana María Hurtado
Corina Michelena Poggioli
Krina Ber
Ana María Del Re
Karl Krispin
Elisa Maggi
Néstor Mendoza
Rosa María Tovar
Luis Alfredo Álvarez
José Luis Pérez Quintero
Gala Garrido Lozada
Blanca Rivero
Eleonora Requena
Geraldine Gutiérrez-Wienken
Diosce Martínez
Carlos Alfredo Marín
Héctor Torres
Vince De Benedittis
María Elena Huizi Castillo
Cristina Guzmán
Diana Arismendi
Geraudí González
Pedro Plaza Salvati
Kira Kariakin
Diego Arroyo Gil
Luis Moreno Villamediana
Florencio Quintero
Luis Perozo Cervantes
José Delpino
Francisco Catalano
Jairo Rojas
José Humberto Antequera Ortiz
Rafael Sánchez
Ricardo Ramírez Requena
Paula Vásquez
Alejandro Sebastiani Verlezza
Luis Yslas
Rodrigo Blanco Calderón
Alberto Bueno Rangel
Luis Barboza Bruzual
Brandol Manuel Alejos
Vicente Ulive-Schnell

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Venezuela: A Truly Dangerous Moment

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